Legendes

Cryptozoologie, version Seine-et-Marne

Le plan d’intendance d’Andrezel, dressé au 18ème siècle mentionne, parmi toutes celles qui existaient sur la commune, deux autres mares à caractère légendaire. Il s’agit de la Mare à la Bête et de la Mare au Diable. Elles se situaient approximativement pour la première au lieu-dit actuel le Marchais Fleury, parcelle n°3, coordonnées Lambert X : 0635,016 ; y : 1102,632, et pour la seconde, le long de l’actuel chemin rural de Suscy à Andrezel, au lieu-dit actuel le Noir, parcelle n°6, coordonnées Lambert : X : 0633, 482 ; Y : 1101,762. Elles ont aujourd’hui disparues, victimes elles aussi des drainages intensifs du XIXème siècle. Aucune légende ne nous est parvenue, mais les noms sont suffisamment évocateurs pour que je me permette d’apporter quelques précisions supplémentaires. 
 
LA MARE A LA BÊTE (ANDREZEL), PLAN D'INTENDANCE DE LA PAROISSE D'ANDREZEL, 18ème
Avec le Diable, pas besoin de d’avantage d’explications. Même si la tradition est perdue, on peut raisonnablement penser que ce point d’eau devait soit être hanté par lui, soit être un lieu qui entrait en communication directe avec l’enfer, ou quelque chose dans le genre. Quant à sa voisine, j’avoue que son nom me pose certains problèmes. Le manque de logique, voilà ce qui pêche. Pourquoi cette vague désignation ? Si l’animal était connu, pourquoi ne pas lui avoir donné son nom ? Les mares aux loups ne manquent pas pourtant. Mais là, c’est différent. Visiblement, la bête n’a pas été identifiée, où alors en partie, mais dans tous les cas, son identité semble en faire un être à part. Redouté et redoutable, peut-être. Sans me laisser entrainer par la théorie du complot mythologique, j’ai dans l’idée que ce patronyme pourrait désigner notre Grand’ Bête régionale. Elle a souvent trainé ses basques dans cette partie de la Seine-et-Marne et il ne serait pas étonnant qu’il s’agisse d’elle. Morel en fait plusieurs fois mention dans ses écrits. Il racontait qu’elle venait se désaltérer dans la Mare des Ardents, (Andrezel n’est pas très éloigné), et qu’elle hantait l’un des souterrains du château de Blandy-les-Tours. D’après la description qu’il en fait, ce n’était pas le genre de créature qui inspirait câlins et compagnie. Voyez par vous-même :
« Dans la Brie, on donnait volontiers à cette bête fantastique la forme d’un veau qui avait quelque chose d’un lièvre et qui ressemblait un peu à un chien. Malheur au paysan attardé qui rencontrait la Grand’ Bête ! Surtout dans les nuits de l’Avent, où elle était particulièrement dangereuse. Elle sautait sur les épaules du malheureux et le faisait courir droit à une mare ou à une rivière dans laquelle elle le précipitait. Il n’y avait qu’un moyen de lui échapper : c’était de prononcer en faisant le signe de croix, certaines paroles cabalistiques qui la mettaient en fuite »(4).
Cette spéculation vaut ce qu’elle vaut et, bien entendu, n’engage que moi. Il est tout à fait probable que nous soyons aussi en présence d’un animal tout ce qu’il y a de plus conventionnel.
 
 
LA MARE AU DIABLE (ANDREZEL), PLAN D'INTENDANCE DE LA PAROISSE D'ANDREZEL, 18ème
 
(4) René Morel : Le souterrain aux esprits, Almanach de Seine et Marne, 1892, p 146.
(5) A titre d’exemple, les plans d’intendance de la commune de Champcenest et de Chailly-en-Bière, datés respectivement de 1783 et 1784, mentionnent pour le premier, un Canton du Chêne à la Bête et le second, un lieu-dit : La Bête.
(6) Paul Bailly : Toponymie en Seine-et-Marne, Amattéis, 1989, p 328, 329.